Technique

Calculer les flux I₁, I₂, O₁ à O₉ d'un PGS : méthodologie pas à pas

Méthodologie de calcul du plan de gestion des solvants (PGS) : 2 entrées (I₁, I₂), 9 sorties (O₁ à O₉), exemple chiffré et calcul de l'EAC.

Publié le 24 avril 2026·12 min de lecture

Le plan de gestion des solvants (PGS) est l'outil réglementaire qui prouve la conformité d'une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) aux valeurs limites de composés organiques volatils (COV) : 2 entrées (I₁, I₂), 9 sorties (O₁ à O₉). Méthode et exemple chiffré.

Atelier de peinture industrielle avec postes d'application et armoires de stockage solvants
Vue d'ensemble d'un atelier soumis au PGS : entrées de solvants (I₁, I₂) et sorties (O₁ à O₉) sont à tracer au sein de l'installation ICPE pour calculer l'Émission Annuelle Contrôlée (EAC).

Le principe du bilan matière PGS

Le PGS matérialise un principe simple : tout solvant qui entre dans l'installation finit quelque part. Émis à l'atmosphère, évacué dans les eaux résiduaires, contenu dans les déchets, incorporé aux produits finis, détruit par traitement ou stocké. Le bilan matière conduit à une équation de conservation :

Équation fondamentale

I₁ + I₂ = O₁ + O₂ + O₃ + O₄ + O₅ + O₆ + O₇ + O₈ + O₉ ± ΔStock

L'écart entre les entrées et la somme des sorties doit être cohérent avec la variation de stock de solvants sur la période. Un écart supérieur à 5 % doit déclencher une investigation (double comptage, oubli d'un flux, erreur de densité).

Le PGS est exigé par l'arrêté du 2 février 1998 modifié (article 27-4) pour toute installation utilisant plus de 1 t de solvants par an, quel que soit son régime ICPE. Il est transmis chaque année à l'inspection des installations classées avec le bilan d'activité.

Schéma bilan matière PGS : 2 entrées, 9 sorties, variation de stock
Bilan matière d'une installation utilisant des solvants : deux flux d'entrée, neuf flux de sortie, variation de stock.

Les flux d'entrée I₁ et I₂

I₁ : solvants achetés et introduits dans l'installation

I₁ correspond à la quantité de solvants organiques (purs ou contenus dans les préparations) entrée sur le site au cours de l'exercice. Source principale : la comptabilité matière et les fiches de données de sécurité (FDS) des produits réceptionnés. Pour chaque produit, la quantité est pondérée par la teneur massique en COV déclarée en section 3 de la FDS ou mesurée selon la méthode EPA 24 (standard de l'U.S. Environmental Protection Agency pour la détermination gravimétrique de la teneur en COV des peintures, vernis et revêtements : pesée avant et après étuvage).

  • Unité : kilogrammes de COV par an.
  • Pièces justificatives : factures fournisseurs, FDS à jour, fiches techniques peintures/colles/diluants.
  • Point de vigilance : distinguer le COV réglementaire (défini par le chapitre V de la directive 2010/75/UE (IED), tension de vapeur > 0,01 kPa à 293,15 K, transposé en droit français par l'arrêté du 2 février 1998 modifié) du COV fiscal (TGAP) dont la définition diffère.

I₂ : solvants récupérés et réutilisés en entrée de procédé

I₂ recouvre les solvants récupérés en interne (distillation, décantation, adsorption-régénération) et réinjectés comme matière première. Ils ne sont pas comptabilisés en I₁ car ils n'entrent pas par la porte du site. Source : relevés de débitmètres ou pesée des lots récupérés, tenus par l'opérateur procédé.

À noter

Les solvants achetés neufs sont toujours en I₁. Les solvants récupérés en externe (centre de régénération) puis rachetés sont de nouveau en I₁, jamais en I₂. I₂ est strictement réservé au circuit interne fermé.

Les flux de sortie O₁ à O₉

Les neuf flux de sortie décrivent tous les devenirs possibles des solvants. Ils sont définis à l'annexe VII, partie 7 du chapitre V de la directive 2010/75/UE (IED), transposée en droit français par l'arrêté du 2 février 1998 modifié (notamment par l'arrêté du 1er juin 2010 relatif aux émissions de COV liées à l'utilisation de solvants organiques). Chaque flux obéit à des méthodes de quantification spécifiques.

Flux Définition Méthode de quantification
O₁ Émissions canalisées (cheminée) Mesure en continu ou campagne ponctuelle × temps de fonctionnement
O₂ Solvants dans les eaux résiduaires Analyse du rejet aqueux × débit annuel
O₃ Solvants résiduels dans les produits finis Analyse COV résiduel produit × tonnages vendus
O₄ Émissions diffuses (fuites, évaporations, séchages hors captation) Calcul par défaut : I₁ − (O₁+O₅+O₆+O₇+O₈) si les autres flux sont mesurés
O₅ Solvants détruits par traitement (RTO, oxydation catalytique) Bilan sur l'unité de traitement : débit × (Centrée − Csortie)
O₆ Solvants contenus dans les préparations mises sur le marché Teneur COV × volumes de produits formulés et vendus
O₇ Solvants collectés en vue de réutilisation (hors I₂) Pesée des lots envoyés en régénération externe
O₈ Solvants collectés en vue d'élimination (déchets dangereux) Bordereaux de suivi des déchets (BSD) × teneur en COV du flux
O₉ Autres rejets (sols, écoulements accidentels) En principe zéro ; à documenter seulement si événement sur la période

Le flux O₄ (émissions diffuses) est presque toujours calculé par différence, car sa mesure directe est impraticable. C'est précisément ce qui fait la fiabilité du PGS : plus les autres flux sont mesurés avec rigueur, plus O₄ reflète la réalité et non un résidu comptable.

Schéma de localisation des 9 flux de sortie dans un atelier de peinture
Localisation des neuf flux de sortie O₁ à O₉ dans un atelier de peinture type : chaque flux est rattaché à un équipement physique identifiable.

Un exemple chiffré

Atelier de peinture liquide, rubrique 2940-2, consommation annuelle 8 t de COV. L'exploitant doit justifier une EAC (émission annuelle canalisée + diffuse) inférieure au seuil réglementaire fixé par l'arrêté type.

Flux Valeur (kg/an) Source
I₁ 8 000 Factures peintures + diluants, teneur COV FDS
I₂ 0 Pas de récupération interne
O₁ 480 Mesure cheminée post-RTO, 3 campagnes annuelles
O₂ 8 Rejet aqueux traité, analyse semestrielle
O₃ 80 COV résiduel carrosseries, 1 % du COV appliqué
O₅ 6 720 Bilan RTO : rendement destruction 98 % sur flux capté
O₆ 0 Site utilisateur, pas de formulation vendue
O₇ 0
O₈ 320 BSD déchets dangereux (boues cabines, chiffons)
O₉ 0 Aucun incident déclaré
O₄ (calculé) 392 I₁ − (O₁+O₃+O₅+O₆+O₇+O₈) = 8000 − 7608
Calcul de l'EAC

EAC = O₁ + O₄ = 480 + 392 = 872 kg/an, soit 10,9 % du solvant consommé. À comparer au seuil de 20 % fixé par l'arrêté du 2 février 1998 modifié pour les émissions diffuses lorsque la consommation annuelle de solvants dépasse 25 t/an (seuil applicable en rubrique 2940-2, régime d'autorisation). Le site est conforme.

Pièges et points de vigilance

Densités et unités

Les FDS donnent souvent des pourcentages massiques, les factures des volumes (litres). La conversion exige la densité du produit à 20 °C (en kg/L). Une erreur de 10 % sur la densité se reporte intégralement sur I₁.

Périmètre du PGS

Le PGS couvre l'installation au sens ICPE, pas nécessairement le site entier. Dans un site multi-activités, les activités non soumises à l'arrêté du 2 février 1998 (nettoyage des sols par exemple) peuvent en être exclues, à condition de documenter la séparation physique des flux.

Stock et variation annuelle

Le PGS est annuel, mais un stock important de peintures à N-1 fausse la lecture. Il faut toujours ajuster par la variation de stock : I₁ réel = I₁ acheté − ΔStock solvants.

Recoupement fiscal

La DREAL croise désormais PGS et déclaration GEREP (Gestion des émissions en réseau) avec la déclaration TGAP. Des écarts entre les trois bases peuvent déclencher un contrôle approfondi.

Matrice diagnostic des pièges du PGS : piège, symptôme, correction
Grille de diagnostic des quatre pièges classiques du PGS : piège, symptôme observable dans le bilan, correction.

Tenir le PGS à jour

Un PGS n'est pas un document annuel : c'est un outil de pilotage. Les bonnes pratiques observées sur les sites conformes :

  • Saisie mensuelle des entrées (I₁) à partir du logiciel achats, plutôt qu'un travail annuel de fin d'exercice.
  • Tableau de bord COV partagé entre HSE, production et maintenance, avec alerte si l'EAC prévisionnelle dépasse 80 % du seuil réglementaire.
  • Revue annuelle des teneurs COV des FDS : les fournisseurs les mettent à jour, parfois à la baisse, et c'est une source d'optimisation gratuite.
  • Archivage 5 ans minimum de l'ensemble des justificatifs (FDS, bordereaux, rapports de mesure), conformément à l'article 4 de l'arrêté du 2 février 1998.

Pour aller plus loin

  • INERIS, Guide d'élaboration d'un plan de gestion des solvants, révision n°1, 2009, réf. DRC-08-94457-16679A (méthode détaillée, flux I/O, exemples sectoriels).
  • Arrêté du 2 février 1998 modifié relatif aux prélèvements et à la consommation d'eau ainsi qu'aux émissions de toute nature des ICPE (chapitre VIII COV ; Légifrance).
  • Arrêté du 12 mai 2020 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées soumises à enregistrement sous la rubrique 2940 (Légifrance).
  • Directive 2010/75/UE (IED), chapitre V et annexe VII, dispositions spécifiques aux installations utilisant des solvants organiques (EUR-Lex).
  • Citepa, inventaire annuel des émissions de COV non méthaniques (citepa.org) : cadrage macro du secteur industriel.
À retenir
  • Le PGS est un bilan matière : 2 entrées (I₁, I₂) = 9 sorties (O₁ à O₉) ± ΔStock.
  • I₁ regroupe tout ce qui est acheté ; I₂ uniquement les solvants récupérés en circuit interne.
  • O₄ (diffus) est presque toujours calculé par différence : la qualité du PGS dépend de la précision des autres flux.
  • L'EAC = O₁ + O₄ pour les activités ICPE 2940 ; le seuil d'émissions diffuses est fixé à 20 % du solvant consommé par l'arrêté du 2 février 1998 modifié (consommation > 25 t/an).
  • Un écart de bilan > 5 % doit être investigué avant transmission à la DREAL.

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